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LE MONDE | 01.09.01 | 15h25
MIS A JOUR LE 01.09.01 | 17h02
Starlab, la start-up belge qui se voulait plus grosse que le MIT 
A peine ouverte, la "Villa Médicis" de la recherche créée à Bruxelles par le mathématicien Walter de Brouwer a fermé ses portes cet été. Starlab, qui rêvait de concurrencer les meilleurs instituts scientifiques américains en attirant des chercheurs atypiques et en s'appuyant sur le capital-risque, a connu le sort de nombreuses start-up, et fait faillite. Les victimes de cette aventure sont amers.
"pour faire de la recherche, il faut gaspiller : du temps, de l'argent, des pizzas et du vin."Walter de Brouwer, le créateur de Starlab, une start-up belge créée en 1996 et qui se faisait fort un jour de concurrencer le célèbre Medialab du Massachusetts Institute of Technology (MIT), a mené ce programme jusqu'à son terme logique : Starlab vient d'être mise en faillite du jour au lendemain, et les 110 salariés, à peine installés dans une sorte de château de Moulinsart bruxellois, ont dû quitter leurs laboratoires flambant neufs et rempocher leurs projets de conquête scientifique.

L'atterrissage est rude pour ces chercheurs qui rêvaient de révolutionner leurs disciplines, de mêler le fondamental à l'application, tout en "faisant" de l'argent (Le Monde du 8 novembre 2000).
 
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L'acronyme BANG (pour bits, atomes, neurones et gènes) résumait l'ambition de cette dynamique société, qui souhaitait prospecter tous les champs de la science, laisser des "pointures" se frotter les unes aux autres et espérer ainsi voir surgir des inventions révolutionnaires. Les thèmes les plus divers - et les plus farfelus aussi - devaient y être explorés, du voyage dans le temps à la "lucidité", en passant par les microtubules, l'ordinateur quantique, le cancer du pancréas, la neurobotique, l'"émotique", la "transarchitecture", la dynamique des foules et la neurobiologie.

Walter de Brouwer, un ancien mathématicien qui a fait fortune dans l'édition informatique, a perdu environ 5 millions de dollars dans l'aventure, qui a débuté il y a cinq ans, après une visite au MIT. Il souhaitait, avec cette "Villa Médicis de la recherche", égaler Stanford et Princeton, deux institutions privées. "C'est la première de mes compagnies qui fait faillite, constate cet adepte des formules chocs. C'est aussi la première où les gens étaient heureux. Ma femme dit qu'il doit y avoir un rapport."

Comment expliquer cette déconfiture ? Walter de Brouwer confesse le "sentiment d'invulnérabilité"que lui avaient donné ses précédentes réussites. Lorsque les supports financiers ont commencé à faire défaut, il aurait pu tenter une introduction en Bourse, mais il n'a pas souhaité diluer ses parts de la société. Avec le retournement de conjoncture, lever des fonds est ensuite devenu quasi impossible, mais il assure avoir espéré, jusqu'au bout, pouvoir redresser la barre grâce à un emprunt de la dernière chance qui n'a jamais été accordé.

UNE ATTITUDE INEXCUSABLE

Fin mai, lorsque les salariés ont appris qu'ils ne toucheraient pas leur paie, la plupart sont tombés des nues. "J'avais été embauché deux mois plus tôt, raconte François Galilée, un jeune informaticien démarché alors qu'il finissait son post-doctorat au MIT. Et ils continuaient à engager des gens au moment où la faillite a été déclarée." Il juge inexcusable l'attitude de l'équipe dirigeante, et notamment la désinvolture et la "mégalomanie" de Walter de Brouwer. "Certains se sont trouvés dans des situations catastrophiques, notamment les non-Européens, avec des problèmes de visas et des mois de loyer et de préavis à payer", comme ce Japonais qui venait juste d'arriver avec femme et enfant. Heureusement, étant donné leur niveau de qualification, la plupart ont retrouvé rapidement un emploi.

François Galilée est d'autant plus déçu qu'il avait été séduit par l'atmosphère du Starlab, par la qualité et l'ouverture d'esprit de ses collègues, même s'il lui a semblé percevoir, au cours des deux mois où il a pu y travailler, des lacunes évidentes dans certains des domaines qui étaient explorés.

UNE ERREUR DE MANAGEMENT

Certains, les plus anciens, disent ne pas regretter l'aventure, humainement et scientifiquement enrichissante, reconnaît-il, "mais ça reste un véritable traumatisme pour tout le monde". "Pour moi, c'est un désastre", constate Hugo de Garis, qui avait l'ambition de mettre au point un cerveau électronique, lequel n'a jamais fonctionné, les fournisseurs n'ayant pas été payés. Le chercheur a perdu 100 000 dollars (109 229,93 euros) - les parts prises dans Starlab. "J'espérais devenir millionnaire, et peut-être le serais-je devenu si ça avait démarré trois ans plus tôt", avance-t-il.

La chute de Starlab est liée, selon lui, à deux facteurs, le climat économique mondial, qui décourageait l'investissement à long terme des grandes sociétés, et une erreur de management : "Trop de recherche blue sky, pas assez de recherche appliquée." L'Australo-Britannique a trouvé un poste à l'Utah State University, "chez les Mormons", il a renoncé au "business" et escompte enfin rassembler le milliard de neurones nécessaires pour former son cerveau artificiel.

En Belgique, certains espèrent toujours poursuivre l'aventure Starlab. Le philosophe de sciences Guido van Steendam est en contact avec le gouvernement de Bruxelles et diverses universités. Un hypothétique Bruxelles Institute of Technology pourrait redémarrer modestement, avec au plus 25 personnes travaillant sur le thème des interfaces intelligentes (bureau, meubles, vêtements). "Mais il reste encore beaucoup de choses à régler", confesse M. Van Steendam.

Seuls rescapés, les huit salariés de l'antenne de Barcelone spécialisés dans l'observation de la Terre. En effet, Barcelone dépend pour sa part de contrats avec différents opérateurs et agences spatiales. Mais " nous avons dû accepter des baisses de salaire de 15%", précise Olivier Germain, qui travaille à la mise au point d'un système de télémesure océanographique. Sans états d'âme sur l'aventure Starlab, il estime que ce "modèle ne s'est maintenu que tant que la Bourse était euphorique".

Et Walter de Brouwer ? Il a d'autres projets en vue, souhaite surfer sur "la nouvelle révolution sociologique", la vague du travail à domicile. "Le rapport avec l'entreprise a changé, les employés ont compris qu'ils ne pouvaient en attendre la sécurité", assure-t-il. Donc, "si vous êtes doué, vous restez à la maison, Internet est là pour vous relier au monde". Ses anciens salariés apprécieront sans doute la justesse de l'analyse. Mais prendront-ils des parts dans son futur site, pyjamarepublic.com, destiné à accueillir des hordes de télétravailleurs en pantoufles ?

Hervé Morin

ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 02.09.01


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